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2013-08-15T15:45:34+02:00

Diamant sur Canapé (Breakfast at Tiffany's)

Publié par Cycy la vache de l'espace
Diamant sur Canapé (Breakfast at Tiffany's)

Diamants sur canapé

… Un joyau inaltérable.

Très récemment, mon inspiration a ressentit le besoin de revoir « Diamants sur canapé », film de 1961 que j’avais découvert, très tard, une nuit, il y a cinq ans, et que je n’avais pas pu apprécier à sa juste valeur.

Adapté par le réalisateur mythique de l’âge d’or de la Paramount, Blake Edwards, en s’inspirant très, très librement de « Breakfast at Tiffany’s », une nouvelle de Truman Capote (la quasi-totalité de l’histoire en a été changée), cette merveille qui ne reçut curieusement que deux oscars à l’époque, est devenue aujourd’hui un classique.

Il faut dire que ce « Diamant » est une véritable leçon de cinéma. Dés les premiers plans, Blake Edwards sait comment nous transporter dans son New York chatoyant et idéalisé des années 60, avec ses larges rues quasi désertes (même à l’époque, c’était une utopie !), ses passants en tenues chics et pastels jusqu’au plus insignifiant figurant, ses belles voitures chromées et un « way of life » plein de douceur et de poésie.

Le temps écoulé depuis a aussi ajouté un côté décalé, presque irréaliste à certaines scènes.

Ainsi, la plupart des protagonistes fument beaucoup et en tout lieu (même au tribunal devant le juge !) avec une banalité et même une forme d’élégance qui feraient hurler aujourd’hui, où à New York la moindre volute peut vous expédier en prison. La décoration extrêmement luxueuse et travaillée (c’était le temps où les studios investissaient les moyens ailleurs que dans la 3 D), multiplie les trouvailles épatantes. Le fameux canapé de l’héroïne est une baignoire sabot revisitée. Elle planque des chaussures dans son frigo et son téléphone (le vrai, l’énorme, avec fil) dans une valise pour ne pas en entendre le bruit. (Le mode vibreur, connaît pas XD)

Son riche agent, d’ailleurs, s’enorgueillit de son propre téléphone, avec un énorme haut parleur. La réplique « On dirait que vous parlez dans un tunnel ! » prend d’ailleurs aujourd’hui un sens précurseur étonnant….

Les costumes et surtout les robes de ces dames sont d’une extravagance et surtout d’un charme fou. La scène où l’on s’en rend le mieux compte est celle de la fête ayant lieu chez Dolly, l’héroïne. Une scène totalement délirante et burlesque, que l’on croirait toute droit sortie de « Gatsby le magnifique ». (Le vrai, le roman de Fitzgerald, pas le remake raté qui fait outrage à l’impeccable CV de Leonardo Di Caprio.)

Mais bien évidemment, le sujet central de cette magie est ailleurs.

« Breakfast at Tiffany’s » nous conte l’amitié fraternelle devenue romance entre Holly, une call girl à la recherche d’un mariage avec un milliardaire, et son voisin Paul, un écrivain entretenu par une riche décoratrice depuis qu’il est victime du syndrome de la page blanche.

Ni plus ni moins, la rencontre d’une prostituée et d’un gigolo, aux vies finalement assez tristement similaires.

Là où la magie du cinéma opère, c’est que ce sujet de départ sordide se transforme en une comédie romantique classieuse, un tourbillon lumineux et plein de fantaisie, grâce à un scénario impeccable, des dialogues ciselés, et surtout l’époustouflante prestation que livrent ses interprètes principaux.

Audrey Hepburn en tête, magnifique, magnifique et irremplaçable actrice trop tôt disparue. Elle livre un portrait de Holly épatant, tantôt femme-enfant, mutine, joyeuse et enivrante comme une coupe de champagne, tantôt âme déchirée et tourmentée, qu’on croirait voir se réduire en cendres dans les scènes dramatiques. Son regard lit au fond des êtres et crève l’écran.

Cela se remarque dans une scène irrésistiblement comique où Holly, toute filiforme et naïve, reste sans voix devant l’opulente poitrine d’une effeuilleuse dans un bar à strip tease. Cette scène est certainement la raison pour laquelle le film fut interdit aux enfants lors de sa sortie (l’affiche d’origine me fait bien rire !) Pourtant, on n’y voit absolument rien si ce n’est les magnifiques et grands yeux de Audrey Hepburn. Quand aux allusions à la prostitution, elles sont tellement édulcorées que cinquante ans après, certains adultes n’ont toujours pas compris qu’il en était question dans le film ! Aujourd’hui, il sortirait même en salle dans la catégorie tout publics.

Audrey Hepburn se glisse avec une telle aisance dans les fourreaux d’Holly qu’on ne peut pas imaginer aujourd’hui une autre actrice dans ce rôle. Celui-ci avait pourtant été imaginé par Truman Capote pour Marilyn Monroe. Hepburn a réussit l’exploit de s’approprier un personnage dont la personnalité était calquée sur celle de Monroe, alors que ces deux actrices étaient tant physiquement que mentalement aux antipodes l’une de l’autre.

Audrey Hepburn a aussi une voix qui ne peut pas s’oublier. Chantante, entêtante. Touchante.

La scène où l’actrice, s’accompagnant d’un ukulélé, interprète « Moon River » d’Henry Mancini, magnifique ballade pleine de douceur et de nostalgie qui est le thème du film, est un instant comme suspendu dans l’air, hors du temps. La reprise de la chanson dans la scène finale, accompagnée de chœurs, est redoutablement efficace pour vous tirer une larmichette.

C’est George Peppard qui incarne Paul Varjak, le voisin écrivain de Holly, surnommé Fred par celle-ci. (Fred étant son frère, adoré, et qu’elle espère revoir bientôt.) Holly met immédiatement Paul à distance en le surnommant comme son frère et en faisant de lui « juste un ami ». C’est assez difficile à concevoir pour la spectatrice que Holly préfère tant courtiser des milliardaires, même vieux, laids et sans caractère, que Paul, jeune, beau, intelligent… Mais fauché.

George Peppard deviendra 25 ans plus tard le fumeur de cigares à cheveux blancs, Hannibal, dans la série « L’agence tout risques »… Non ne riez pas.

En jeune premier dans « Diamants sur canapé », il est tout à fait méconnaissable. J’avoue, même, que je l’avais jugé un peu vite la première fois. En revoyant le film en entier, je me rend compte à quel point il apporte de la profondeur, de la sensibilité, de la consistance et du charisme à Paul Varjak, qui aurait put être, joué par un autre, banalement beau et creux.

George Peppard était finalement un très bon acteur, et malheureusement, le grand public ne retiendra de lui que les plans rigolos et sans accrocs de Hannibal.

Seul acteur principal du « Diamant » encore vivant aujourd’hui, Mickey Rooney, 92 ans en 2013, et dont la carrière a débuté avec… Le cinéma muet ! Ce talentueux artiste campe le troisième voisin du film (on ne saura jamais qui étaient les trois ou quatre autres, au nombre de boites aux lettres qu’on aperçoit dans le hall… Holly cache dans la sienne un miroir et un flacon de parfum pour se rajuster avant de sortir !).

Mickey Rooney joue le rôle de Mr Yunoshi, voisin aussi comique que irascible, exaspéré par le tapage que cause la présence d’Holly dans « son » immeuble. Ses apparitions sont très drôles, mais malheureusement gâchées par un détail qui crève les yeux. Mr Yunoshi est sensé être un japonais au mode de vie traditionnel, sauf que Mickey Rooney est aussi japonais que je suis inuit. Affublé d’un déguisement ridicule, il accentue encore la caricature par des grimaces grotesques. Navrant mais tristement habituel des studios des années 60. Ils préféraient grimer des acteurs blancs pour leur faire jouer des rôles de personnages qui auraient dû revenir à des acteurs réellement issus de communautés ethniques !

Cette seule discrimination constitue l’unique bémol du film. Le quatrième interprète principal est un chat roux tigré adorable. Un chat qu’Holly a recueillit mais auquel elle n’a pas donné de nom. Car elle s’est juré de le baptiser uniquement lorsqu’elle vivra dans un appartement « digne de Tiffany ».

La joaillerie Tiffany, toujours aussi célèbre aujourd’hui et qui donne son nom au titre original du film, est une véritable obsession pour Holly. Elle aime s’y promener en rêvant qu’un jour, un homme lui offrira un bijou hors de prix.

Seul Paul parviendra à lui faire comprendre que le véritable amour ne se quantifie pas à la valeur d’une paire de boucles d’oreilles et qu’il se découvre par (pochette) surprise.

La scène où le couple tente de s’offrir du rêve pour 10 dollars à Tiffany est une pépite de tendresse. 10 Dollars étant, même à l’époque, une somme dérisoire chez un joaillier. Mais contrairement à « Pretty Woman » où Julia Roberts se heurte à des vendeuses méprisantes, celui de Tiffany est étonnement conciliant avec ce mignon petit couple.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser en regardant cette scène qu’un vendeur de la place Vendôme les aurait fait poliment reconduire. Mais la scène est à New York, et le New York de Blake Edwards est magique.

D’autres scènes sont toutes aussi enchanteresses : leur promenade à la bibliothèque ou encore l’extravagant épisode du tribunal. Ma scène préférée étant lorsque les deux larrons décident, comme deux enfants, de chaparder dans un bazar. Un trésor de malice et de comédie (et non, ce n’est pas ça qui les conduit au tribunal).

La scène finale est quand à elle mythique, filmée avec autant de larmes que d’eau de pluie. C’est un sommet de romantisme, avec des répliques devenues mythiques et une émotion adorable.

Qu’importe si cet écrin manque souvent de réalisme : il nous étourdit d’un joli rêve. Et qu’importe que ce film ait 52 ans, il est mieux qu’un chef d’œuvre. Les chef d’œuvre, ça se conserve sur l’étagère et ça prend la poussière. Lui, il se revoit encore et encore avec plaisir…

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