Hier , comme tous les jours en semaine , j'attendais sur la chaîne Direct 8
l'excellente émission de Jean Marc Morandini.
En attendant, comme tous les jours, je suis tombée sur un épisode de la série télévisée policière qui a bercé mon enfance, "Starsky et Hutch". L'épisode avait déjà commencé quand je suis arrivée et pourtant, il m'a particulièrement bouleversée.
Les deux policiers prenaient le petit déjeuner chez une connaissance, un dénommé Jackson. Cet afro américain entre deux âges, honnête père de famille travaillant de nuit comme conducteur de tram, vit avec sa mère, adorable grand-mère, son fils Jackson Junior, adolescent légèrement rebelle comme tout le monde l'est à 17 ans, et loue une chambre à une jeune interne afro américaine elle aussi. Il y a des tensions entre le père et le fils, le premier s'inquietant des fréquentations de son fils, qui lui répond effrontément en digne crise d'ado.
Jackson part travailler comme tous les jours emmené par la vieille chevrolet d'un ami. Starsky fait une remarque qui semble anodine "il a le pare choc ui pend, dis lui de le redresser sinon il risque de se prendre un pv"
L'ami de Jackson au volant de sa chevrolet , est foncierement imbibé d'alcool. C'est la misère humaine des ghettos noir, mais pas forcément un mauvais bougre.
deux policiers en uniforme, tout frais sortis de l'école et qui ont hate de faire "leurs preuves" remarquent le pare choc de la chevrolet bringuebalante, et aussitot lui donne la course dans un rodéo démesuré.
l'ami alcoolique s'affole et tente de prendre la fuite persuadé qu'avec son haleine l'amende va se faire sévère. Au bout d'une course poursuite insensée, la chevrolet et coincée. Les deux afro américains en sortent et les policiers en uniforme les mettent en joue. L'un des policiers menace l'ami alcoolique. Le brave Jackson, qui a les mains en l'air, crie un "S'il vous plait, ne tirez pas!" C'est sur Jackson que le policier tire en pleine poitrine.
Prevenus à bord de leur propre véhicule, Starsky et Hutch se rendent rapidement sur les lieux. On a droit alors à ce qui serait bien plus concis dans une série actuelle. les deux héros qui tentent de maintenir la victime consciente le temps que les secours arrivent, et le sermon que les deux policiers en uniforme se prennent dans les dents. Puis il y a une scène que l'on ne verrait carrément pas du tout dans une série actuelle, la longue attente de Starsky qui s'endort dans les couloirs de l'hopital, la jeune interne qui arrive en pleurant Jackson, Hutch venu porter des cafés et qui se joint à la tristesse des deux premiers. Starsky qui décide de raccompagner la jeune interne au domicile pour prévenir la grand mère, posant au passage une main sur les cheveux de son pote Hutch qui déclare qu'il veut parler aux deux flics ma l avisés sans témoins. On se doute qu'il y a de la bagarre dans l'air mais on ne la verra pas.
Dans les séries actuelles, quand on annonce à la famille le déces de leur proche, ça se résume toujours à une phrase "Votre fils est décédé, nous sommes désolés." point barre. là, on est dans un autre registre. La grand-mère qui invite le policier à prendre un petit-déjeuner avant de se rendre compte qu'il a une mauvaise nouvelle à lui annoncer. elle craint d'abord une mésaventuredu petit fils, on n'a peur de rien , à cet âge... puis pense que son fils a eu un accident, elle le savait que ça risquerait d'arriver, pensez vous, travailler la nuit... lorsqu'on lui annonce que non , il a été abattu par un flic (sans préciser d'ailleurs que ce flic était très raciste) au lieu de l'incompréhension et de la haine , la grand mère a une attitude digne et forte.
la suite de l'épisode est plus manichéenne: le fils révolté par la mort de son père, risque de glisser pour de bon dans la délinquance (en voulant se procurer de l'argent pour fuir la ville qui lui a pris son père) mais Starsky et Hutch l'en empêchent à temps. on a alors droit aux phrases les plus marquantes de l'épisode, le gamin déclarant haut et fort qu'il ne faut plus l'appeler Junior mais Jackson puisqu'on lui a pris son père, et Stasky parvenant finalement à lui faire comprendre qu'il aimait son père autant qu'il l'aimait et que c'est pour cela qu'il doit aller à son enterrement.
le policier coupable lui hérite d'une sanction bégine, retrait de plaque pendant 90 jours, on est en 1979 et il y a encore du chemin à faire sur l'égalité des peines devant un tribunal.
Tout ceci pour dire qu'un tel épisode, aujourd'hui, serait impensable. Tout d'abord, on aurait pas pris la peine de nous présenter Jackson et sa famille, et l'idée qu'un flic soit venu prendre le petit déjeuner à sa table serait totalement impensable. on aurait zappé sa lente agonie, le sermn aux flics, le chagrin dans le couloir de l'hopital et la dignité de sa mère. par contre on nous aurait expliqué en long et en large la trajectoire de la balle, les arteres qu'elle aurait sectionnée, et l'étude balistique aurait incriminé lourdement le policier fautif devant le procureur. on aurait mis aussi l'élément "ado délinquant" au milieu, mais sans nous expliquer les tenants et les aboutissants de sa révolte et plutot que de faire dans la pédagogie on lui aurait quand même passé les menottes. Et le problème du crime racial n'aurait même pas été exposé.
tout cela pour dire que des experts au ncis en passant par bones et compagnie, les victimes s'enchainent sans qu'aucune ne marquent notre esprit. à peine vues, à peine oubliées, on passe au crime suivant et à la manière de l'analyser.
Là j'ai vu cet épisode hier et suis parfaitement en mesure de vous en raconter le moindre détail. Parce que l'histoire de la mort injuste d'un brave père de famille, la dignité de sa mère , la révolte blessée du fils et l'attitude tellement humaine de Starsky et Hutch m'ont profondément touchée.
Ce qui fait le charme de cette série d'antan manque cruellement aux séries actuelles. L'entente fraternelle entre les deux héros, leur humanité, leur implication dans leurs enquêtes qui vont au delà de leur métier de flic. Aujourd'hui la rigueur scientifique glacée et l'indifference des personnages est de mise. Elle s'applique même au delà des séries policières, à des personnages aussi imbuvables que le docteur house.
Eh bien moi ça me manque, la compassion!
En attendant, comme tous les jours, je suis tombée sur un épisode de la série télévisée policière qui a bercé mon enfance, "Starsky et Hutch". L'épisode avait déjà commencé quand je suis arrivée et pourtant, il m'a particulièrement bouleversée.
Les deux policiers prenaient le petit déjeuner chez une connaissance, un dénommé Jackson. Cet afro américain entre deux âges, honnête père de famille travaillant de nuit comme conducteur de tram, vit avec sa mère, adorable grand-mère, son fils Jackson Junior, adolescent légèrement rebelle comme tout le monde l'est à 17 ans, et loue une chambre à une jeune interne afro américaine elle aussi. Il y a des tensions entre le père et le fils, le premier s'inquietant des fréquentations de son fils, qui lui répond effrontément en digne crise d'ado.
Jackson part travailler comme tous les jours emmené par la vieille chevrolet d'un ami. Starsky fait une remarque qui semble anodine "il a le pare choc ui pend, dis lui de le redresser sinon il risque de se prendre un pv"
L'ami de Jackson au volant de sa chevrolet , est foncierement imbibé d'alcool. C'est la misère humaine des ghettos noir, mais pas forcément un mauvais bougre.
deux policiers en uniforme, tout frais sortis de l'école et qui ont hate de faire "leurs preuves" remarquent le pare choc de la chevrolet bringuebalante, et aussitot lui donne la course dans un rodéo démesuré.
l'ami alcoolique s'affole et tente de prendre la fuite persuadé qu'avec son haleine l'amende va se faire sévère. Au bout d'une course poursuite insensée, la chevrolet et coincée. Les deux afro américains en sortent et les policiers en uniforme les mettent en joue. L'un des policiers menace l'ami alcoolique. Le brave Jackson, qui a les mains en l'air, crie un "S'il vous plait, ne tirez pas!" C'est sur Jackson que le policier tire en pleine poitrine.
Prevenus à bord de leur propre véhicule, Starsky et Hutch se rendent rapidement sur les lieux. On a droit alors à ce qui serait bien plus concis dans une série actuelle. les deux héros qui tentent de maintenir la victime consciente le temps que les secours arrivent, et le sermon que les deux policiers en uniforme se prennent dans les dents. Puis il y a une scène que l'on ne verrait carrément pas du tout dans une série actuelle, la longue attente de Starsky qui s'endort dans les couloirs de l'hopital, la jeune interne qui arrive en pleurant Jackson, Hutch venu porter des cafés et qui se joint à la tristesse des deux premiers. Starsky qui décide de raccompagner la jeune interne au domicile pour prévenir la grand mère, posant au passage une main sur les cheveux de son pote Hutch qui déclare qu'il veut parler aux deux flics ma l avisés sans témoins. On se doute qu'il y a de la bagarre dans l'air mais on ne la verra pas.
Dans les séries actuelles, quand on annonce à la famille le déces de leur proche, ça se résume toujours à une phrase "Votre fils est décédé, nous sommes désolés." point barre. là, on est dans un autre registre. La grand-mère qui invite le policier à prendre un petit-déjeuner avant de se rendre compte qu'il a une mauvaise nouvelle à lui annoncer. elle craint d'abord une mésaventuredu petit fils, on n'a peur de rien , à cet âge... puis pense que son fils a eu un accident, elle le savait que ça risquerait d'arriver, pensez vous, travailler la nuit... lorsqu'on lui annonce que non , il a été abattu par un flic (sans préciser d'ailleurs que ce flic était très raciste) au lieu de l'incompréhension et de la haine , la grand mère a une attitude digne et forte.
la suite de l'épisode est plus manichéenne: le fils révolté par la mort de son père, risque de glisser pour de bon dans la délinquance (en voulant se procurer de l'argent pour fuir la ville qui lui a pris son père) mais Starsky et Hutch l'en empêchent à temps. on a alors droit aux phrases les plus marquantes de l'épisode, le gamin déclarant haut et fort qu'il ne faut plus l'appeler Junior mais Jackson puisqu'on lui a pris son père, et Stasky parvenant finalement à lui faire comprendre qu'il aimait son père autant qu'il l'aimait et que c'est pour cela qu'il doit aller à son enterrement.
le policier coupable lui hérite d'une sanction bégine, retrait de plaque pendant 90 jours, on est en 1979 et il y a encore du chemin à faire sur l'égalité des peines devant un tribunal.
Tout ceci pour dire qu'un tel épisode, aujourd'hui, serait impensable. Tout d'abord, on aurait pas pris la peine de nous présenter Jackson et sa famille, et l'idée qu'un flic soit venu prendre le petit déjeuner à sa table serait totalement impensable. on aurait zappé sa lente agonie, le sermn aux flics, le chagrin dans le couloir de l'hopital et la dignité de sa mère. par contre on nous aurait expliqué en long et en large la trajectoire de la balle, les arteres qu'elle aurait sectionnée, et l'étude balistique aurait incriminé lourdement le policier fautif devant le procureur. on aurait mis aussi l'élément "ado délinquant" au milieu, mais sans nous expliquer les tenants et les aboutissants de sa révolte et plutot que de faire dans la pédagogie on lui aurait quand même passé les menottes. Et le problème du crime racial n'aurait même pas été exposé.
tout cela pour dire que des experts au ncis en passant par bones et compagnie, les victimes s'enchainent sans qu'aucune ne marquent notre esprit. à peine vues, à peine oubliées, on passe au crime suivant et à la manière de l'analyser.
Là j'ai vu cet épisode hier et suis parfaitement en mesure de vous en raconter le moindre détail. Parce que l'histoire de la mort injuste d'un brave père de famille, la dignité de sa mère , la révolte blessée du fils et l'attitude tellement humaine de Starsky et Hutch m'ont profondément touchée.
Ce qui fait le charme de cette série d'antan manque cruellement aux séries actuelles. L'entente fraternelle entre les deux héros, leur humanité, leur implication dans leurs enquêtes qui vont au delà de leur métier de flic. Aujourd'hui la rigueur scientifique glacée et l'indifference des personnages est de mise. Elle s'applique même au delà des séries policières, à des personnages aussi imbuvables que le docteur house.
Eh bien moi ça me manque, la compassion!
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