CHAPITRE 18 : Snow in my heart
Shaolan fonça droit devant lui, ayant compris en une fraction de seconde que la plume n’avait, en fait, jamais quittée sa gardienne, la Fée des glaces ! Shaolan couru vite, toujours plus vite vers le dénouement, vite avant que le Roi maléfique ne s’empare de la plume ! Vite et pourtant rapidement rattrapé par Fye, dont la seule volonté était de sauver Shirahime.
« Il faut qu’on arrive à temps… Pour toutes les deux !!!! », conclua Sakura, véritablement déchaînée et décidée qu’aujourd’hui, elle n’en ferait pas moins que les garçons. N’ayant qu’un seul bras de libre car l’autre portait Mini Kuro et Mokona, Kurogane grommela tout le long de leur course à travers un lugubre corridor, mettant à terre tous les adversaires qui surgissaient de part et d’autre pour les ralentir, et qui s’enfuyaient sous les attaques d’un Gluck furieux et fermant la marche en assurant leurs arrières.
« SHIRAHIME CHAN !!!! »
Fye n’avait pas pu se contenir. Son cœur avait bondit lorsque, parvenu au sommet de cet escalier qui dominait une vaste salle, rien ne lui avait échappé : ni la foule des courtisans vêtus comme pour aller au bal masqué, s’inclinant en se faisant des courbettes, ni le Roi des Corbeaux, goguenard et triomphal, irradiant depuis son trône luxueux, ni Shirahime, seule note de pureté dans la salle, inanimée et vulnérable , allongée dans son kimono raffiné sur un autel couvert de fleurs, de rubans et d’encens, comme blanche-neige attendant le baiser du Prince dans son cercueil de cristal.
« Attaque Jonutchi !!!! »
Le petit Kurogane avait bondit des bras du grand, la lame de son Katana, devenue d’un bleu glacé intense, lacérant l’air d’un grand éclair foudroyant en direction du Roi des Corbeaux. Peut-être aurait-il atteint sa cible si une espèce de grand baleze au crâne d’œuf s’était interposé avec un rire gras. Il répliqua une violente attaque au marmot, qui n’avait pas encore l’expérience nécessaire pour le contrer… Mini Kuro vit l’attaque de son adversaire foncer droit sur lui… Et être intercepté par le grand Kurogane !
« Promotion du jour : Deux pour le prix d’un ! », dit-il en balançant une double mandale au crâne d’œuf.
Pendant que Kurogane s’occupait du bras droit et des larbins du Roi sous les encouragements du petit, le Roi des Corbeaux s’était levé de manière théâtrale et approché de son otage :
« Fée des glaces, livres nous le secret de la plume sacrée ! »
Il y eu soudain un grand flash aveuglant provenant de Shirahime, toute une série d’éclairs colorés, et comme issu du néant, un chœur de voix étranges se répercutant sur toute la salle. Le corps de Shirahime s’éleva lentement dans les airs, aussi léger qu’un papillon. De la manière la plus incongrue et surnaturelle qu’il soit, il se mit à neiger à l’intérieur de la pièce, les flocons moussus et froids d’une véritable neige…
« PLUME ! », s’écria Mokona.
A la même seconde, la Princesse Sakura s’éleva elle aussi dans les airs, y évolua avec grâce comme une danseuse, ses yeux fixant Shirahime d’un air étrange, mystèrieux, comme s’ils voyaient au-delà de ces lieux et de ce temps… Puis arrivée à la hauteur de Shirahime, elle aussi avait perdu connaissance.
En vérité, ces évènements s’étaient tous précipités à une vitesse folle, en l’espace de quelques secondes seulement ! Shaolan et Fye s’étaient déjà précipités simultanément à la rescousse des deux jeunes filles, de bonds en bonds sur tous les obstacles qui encombraient la pièce, sous cette neige battante. Par sa volonté et sa vitesse, Shaolan parvint rapidement jusqu’aux jeunes filles. Fye, lui, était ralentit par ses blessures et combats précédents. C’est sans surprise qu’il vit se dresser devant lui le Roi des Corbeaux, qui avait décidément une dent contre lui.
« Votre obstination à me contrarier commence sérieusement à me lasser, dit le Roi en dégainant son arme élégamment.
- Si tu lui ferme pas sa grande gueule, à ce gros con, je ne te le pardonnerais pas ! », vociféra Kurogane dans son langage fleurit , et occupé à bastonner, épaulé de son jeune double, à quelques pas de là.
Fye eu son sourire HAPPY FACE NUMBER ONE, le plus beau et le plus éclatant, luminescent sur son visage.
« Ah ! Ne me menaces pas du divorce, tu me brises le cœur ! »
Alors il n’y eu plus qu’une seule importance, le duel de deux hommes, qui depuis longtemps se guettaient avec le désir d’en découdre. Ce fut un festival de dextérité et de souplesse, de stratégie et de courage de la part de Fye, de perfidie et de lâcheté du côté du Roi des Corbeaux. Droite, gauche, parade, feinte, série de coups et de pas toujours plus rapides, au point que leur vitesse échappait au regard de ceux qui les observaient. Fye n’avait pas besoin d’utiliser la magie. Trois , quatre… A la fin du menuet, son adversaire mordit le plancher de la salle de danse ! Fye fit une splendide révérence au Roi des Corbeaux, qui, furieux, tenta de se relever avant d’être remis à terre par la patte monstrueuse et la gueule écumante du Gluck !
En se retournant au milieu de la pluie de flocons de neige qui chutait lentement dans l’air, Fye vit pour la première fois en trois jours une lueur satisfaite dans le regard de Kurogane.
Pendant ce temps, de sauts en rebonds sur les multiples obstacles de la salle, Shaolan avait prit assez de vitesse pour s’élancer toujours plus haut en direction des deux jeunes filles évanescentes, toujours en lévitation dans les airs. Un bond, une impulsion, une seule volonté….
Il parvint à agripper la Princesse d’un bras, Shirahime de l’autre, et à les ramener au sol doucement, sans dommages. La lumière étrange provenant de Shirahime s’estompa comme un pastel, mais la neige continua de chuter inlassablement dans la pièce. Sakura et Shirahime rouvrirent les yeux à la même seconde. Elles échangèrent un regard surpris et familier, puis se firent le même sourire éblouissant, comme si elles s’étaient connues depuis toujours, et tombèrent dans les bras l’une de l’autre, se serrant amicalement sous le regard estomaqué de Shaolan !
« Tu es enfin venue me chercher… », murmura la fée des glaces d’une voix émue.
Une voix tout à fait semblable à celle de Sakura lui répondit dans un cri désespéré, prononçant son nom :
« … Shirahime !!!! »
A l’entrée de la pièce se trouvaient Shuko, les deux célestes, les douze gardes inutiles qui constataient que le boulot était déjà fait … Mais il y avait aussi et surtout la Reine de Cristal, le double dimensionnel de Sakura, qui était apparue grâce à la magie dans un grand cercle sacré au sol, et qui, dès son entrée, se précipita vers la Princesse et la Fée.
« Shirahime ! … Oh, Shirahime, lui dit-elle… Je n’avais pas comprit ce qui se produirait lorsque la petite Sakura arriverait… Oh ? je suis tellement désolée, Shirahime ! » , s’écria la jeune femme, éplorée, en échouant aux pieds de la fée.
« Majesté… », murmurèrent Shaolan et la princesse Sakura d’une seule voix, saisis de la même émotion.
« Vous n’avez pas à vous excuser auprès de moi, dit Shirahime en posant sa petite main blanche sur le visage de la Reine de Cristal. Je sais que tout ce que vous désiriez, c’était de me sauver la vie…
- Mais… J’ai … Echoué… Et par ma faute tu as vécue recluse et sans cesse menacée… Oh, je ne pourrais jamais me pardonner, petite Shirahime… »
Shirahime l’aida à se relever avec un sourire d’une profonde douceur et d’une lueur angélique, véritablement bouleversant.
« Comment pourrais-je vous en vouloir ? Sans vous, je serais déjà morte depuis cinq ans, et sans la plume… Jamais je n’aurais connu d’autres sentiments que la solitude… Cette plume… M’a permis de rencontrer des êtres merveilleux… », dit-elle en se tournant vers Fye et les deux Kurogane. Le petit Kuro Kun se détacha lentement des bras du grand, et Shirahime s’en approcha, s’agenouilla doucement devant lui.
« Tu sais ce qui va se produire, maintenant ?
- Oui, Maman Shirahime, tu me l’as expliqué plein de fois.
- Et tu sais aussi ce qui va arriver après ?
- Oui… Maman… Shirahime… », commença à murmurer l’enfant d’une toute petite voix. Shirahime le serra tendrement dans ses bras, tout contre son cœur, sous la pluie glacée de neige.
« Sache que je ne t’abandonnes pas. Je serais toujours là, quelque part, je veillerais sur toi… Toujours… Je veux que tu me promettes de rester toujours le garçon formidable que tu es… Et que ton grand cœur te porte… Pour qu’il puisse veiller sur les personnes que tu vas rencontrer et aimer…
- Je te le promets, Shirahime… Je serais grand et fort… Et je protègerais le pays de Kurisutaru comme tu l’as toujours fait !
- … Et… Ne déteste personne pour ce qui va arriver. Je suis heureuse de rendre cette plume à sa véritable propriétaire, qui est quelqu’un de bien, tu le sais…
- Je suis content qu’elle te l’ais prêté pendant cinq ans… Parce que… Sans elle… Tu n’aurais jamais pu être ma Maman ! »
Elle le serra plus fort dans ses bras, l’embrassa tendrement. En se relevant, elle fit face à Fye, qui avait parfaitement compris ce qui allait se produire. Le regard baissé derrière l’ombre de ses fines mèches blondes, le poing serré et tremblant d’émotion, lui aussi se contenait pour ne pas laisser éclater la douleur du sentiment amer qui le rongeait de l’intérieur . Shirahime effleura doucement son visage de sa petite main délicate :
« D’autres choix douloureux t’attendent à l’avenir, lui dit-elle. D’autres épreuves, d’autres souffrances à surmonter… Bien plus terribles que celle-ci. »
Fye ne répondit pas, et, tremblant, posa une main sur celle de Shirahime. Une larme coula le long de sa joue. Elle la lui essuya du bout des doigts.
« J’espère… Vraiment… murmura la fée, tout aussi émue, que tu cesseras de fuir en vain et accepteras de te laisser rattraper. »
Fye ne répondit toujours pas, sa main se crispant sur celle de la jeune fille dans une convulsion douloureuse. Elle se rapprocha encore de lui, l’enlaça tendrement quelques secondes, puis, comme une feuille touche à peine le sol d’un mouvement léger, embrassa tendrement sa joue, tout deux si semblables sous la pluie de neige. Gu2rit-on un jour lorsqu’on a goûté à la douceur de ce geste ? La douleur et l’émotion de Fye étaient si palpables que tous les témoins de cette scène en furent chamboulés. Enfin, elle se détacha de lui et se tourna vers le « grand » Kurogane, lui adressant un radieux sourire :
« Ne changez rien, vous êtes parfait. »
Il eu un demi sourire en coin :
« En vérité, chuis pas fort en blondes… Mais vous êtes pas mal non plus. »
Cette blague la fit bien rire, puis elle se rapprocha de son oreille :
« Au fait, le secret qui nous lie Fye et moi, c’est… »
En entendant la solution de l’éniglme, Kurogane devint pâle comme un cachet d’aspirine et ouvrit des yeux ronds comme des billes.
« Ah là là, je ne vais plus en dormir ou en faire des cauchemars », grogna-t-il. Il fut un peu rassuré d’entendre Fye rire de sa réaction malgré ce qui allait arriver à Shirahime. Celle-ci serra encore une ultime fois le petit Kuro Kun dans ses bras, puis revint près de Shaolan et des deux Sakura , la Princesse du Royaume de Clow et la Reine de Cristal, toutes les deux en larmes.
« Il est temps », leur dit-elle.
La Reine de Cristal se précipita vers elle et la serra dans ses bras :
« Tu es tellement courageuse et je suis si fière de toi, ma petite Shirahime… Pardonnes moi si j’ai été folle… De croire que je pourrais…
- Je ne vous en ai jamais voulu et je ne vous en veux pas. Je vous le répète . Je vous remercie du don que vous m’avez fait. Vous m’avez donné la vie comme une seconde mère et je vous considère vraiment comme telle, ma Reine.
- Tu es mon enfant de cœur… Tout comme je protègerais le tien. Je prendrais soin de ce jeune garçon et l’élèverais avec affection, je te le promets…
- Je sais que je peux vous faire confiance et je vous remercie », affirma Shirahime en l’embrassant avec l’affection d’une fille pour sa mère. Enfin elle se détacha de ses bras pour se tourner vers la plus jeune des deux Sakura :
« Maintenant, je dois te rendre ta plume, Princesse. »
Sakura posa sur elle des yeux plein de larmes. Toute son énergie combative avait fait place à une émotion violente, et un brutal sentiment de culpabilité :
« N’y a –t-il vraiment rien que je ne puisse faire pour toi ? », demanda-t-elle.
« Si. Fais moi ton plus beau sourire. Je ne veux pas que mon départ soit triste. La dernière image que je veux emporter dans mon voyage… Je veux que ce soit un magnifique sourire. »
Shaolan n’y tint plus. Il se sentit soudain totalement impuissant et véritablement coupable d’un crime. Mais lui aussi, Shirahime le rassura par ses mots :
« A vous aussi, je dois plus que la vie… Alors ne vous en voulez pas. »
Elle tendit les mains en direction de Sakura :
« Allons-y.
- Oui », dit-elle, s’obligeant à lui décerner son plus merveilleux et adorable sourire malgré les larmes qui coulaient sur ses joues.
Les deux jeunes filles unirent enfin leurs mains, sous le spectacle rêveur de la pluie de neige, chutant en cascade sur leurs cheveux. Alors l’inévitable se produisit. A nouveau, un grand flash aveuglant, issu du plus profond de Shirahime, suivit d’un véritable tourbillon d’éclairs colorés, de pastilles irisées d’une lumière duveteuse, qui se mêlèrent aux flocons de neige veloutée et ayant redoublés d’intensité, s’enchevêtrèrent dans une fusion surnaturelle… Shirahime ouvrit grand les bras, ferma les yeux et eu un dernier sourire de délivrance, profondément serein et lumineux. Doucement , tout doucement, la plume virevolta hors de son cœur, apparaissant aux yeux de tous dans une aura féerique, comme suspendue dans les airs durant quelques secondes, et tout aussi légèrement, se dirigea vers Sakura, qui tendit les mains vers elle, la recueillit en lui murmurant un « Merci », ému. Elle la serra tendrement contre son cœur et doucement , doucement, la luminosité de la plume s’estompa en elle, jusqu’à y disparaître totalement. C’est alors qu’à la même seconde, les deux jeunes filles tombèrent à la renverse dans une parfaite symétrie, totalement inanimées. Shaolan se précipita et réceptionna doucement dans ses bras la Princesse Sakura, simplement endormie pour quelques heures. La Reine de Cristal recueillit dans les siens la Fée Shirahime. Endormie à tout jamais…
Un long silence, comme un courant d’air qui traverse une plaine déserte, s’abattit sur les personnes présentes.
Le petit Kuro Kun avait juré d’être fort. Il l’avait promit. Il se retint, se retint…
Et tout à coup perça le silence par un grand cri suivit de sanglots et de larmes, comme tous les enfants du monde. Ses cris, en écho sur les voutes, déchirèrent les cœurs, qui l’un après l’autre, fondaient en larmes eux aussi.
Kurogane serra la mâchoire, saisit son jeune double par le col et le cala dans ses bras, le plaquant contre son cœur. Il savait trop bien ce qu’il pouvait ressentir et ne l’incita pas à se retenir :
« Vas-y pleures, pleures, donnes tout, tu as le droit… Tu ne dois pas laisser le chagrin obscurcir ton cœur… », lui chuchotait-il doucement. On allait encore le traiter de mère poule, mais il s’en fichait éperdument. En se tournant d’un côté il vit Shuko en pleurs, les Célestes en sanglots, les gardes en larmes, bref c’était le drame absolu, tout le monde était effondré. En se tournant de l’autre il fut plus inquiet en constatant que Fye ne pleurait pas et demeurait debout, dans une espèce d’état de choc, tremblant avec une expression lointaine dans le regard, et le teint devenu aussi glacial que l’averse de flocons immaculés qui chutaient encore et encore en se mêlant à la couleur de ses cheveux. Kurogane grogna en se disant que la nature aurait du lui faire trois bras, l’un pour consoler son jeune double, le deuxième pour porter Mokona, écroulé de chagrin lui aussi, et le troisième pour secouer le magicien en l’incitant à rester parmi les vivants…
Seul Shaolan parvenait tout comme lui à dominer son émotion. Bien que profondément touché par la mort de Shirahime dans son geste généreux envers Sakura, il n’avait pas connu assez longtemps la fée pour être aussi blessé que les autres de sa perte. Mais il ne pouvait rester indifférent au chagrin qui le cernait, et aux larmes de la Reine de Cristal, le double adulte de sa chère Sakura, sanglotant en agrippant et serrant en la berçant contre elle le corps de la petite Shirahime.
« Tout est de ma faute… Ma faute… », ne cessait-elle de répéter, alors que, malgré que la plume ait été rendue à la Princesse, la neige qu’elle produisait, loin de s’apaiser, redoublait encore de violence. Shoalan n’osait pas demander à la Reine de Cristal pourquoi elle culpabilisait ainsi, mais elle devinait que la question lui brûlait les lèvres.
« … Il y a cinq ans a eu lieu la plus grande bataille et la plus violente pour la conquête de la plume… murmura-t-elle enfin. Le Roi des Corbeaux était prêt à anéantir le peuple des Célestes dans ce but…
- J’avais presque réussit ! », se vanta ce dernier avant d’être mis KO par un violent coup de patte du Gluck.
La Reine de Cristal eu un soupir douloureux, tenta de dominer ses pleurs et continua son récit :
« Je n’ai pas pu participer à cette bataille car j’attendais un enfant… Mon adorable petite fille qui m’attend en ce moment au palais… Mais mon époux n’a pas reculé. Il a protégé les Célestes et la Plume en se battant jusqu’au bout, seul face à l’armée entière du Roi des Corbeaux… Mais il a réussit… Seul, il est parvenu à les mettre en déroute… Il a … »
Elle ne parvenait plus à soutenir le regard de Shaolan et redoubla de larmes :
« … Il a disparu au cours de cette bataille… Et l’on a simplement retrouvé son corps… Près de la petite Shirahime. Il avait tenté de la défendre… Sans doute lui faisait-elle penser à la petite fille que nous allions avoir… Mais lorsqu’on les a retrouvés elle aussi était sur le point de mourir… Et personne ne parvenait à guérir ses plaies. »
Elle secoua la tête :
« J’ai fais ce que je pensais juste. Je pensais que la plume avait le pouvoir de rendre la vie par sa puissance. Je ne voulais pas voir mourir une petite fille innocente, quand tant de personnes avaient déjà perdu la vie. Je ne voulais pas que mon mari ait donné la sienne en vain. Je voulais gagner contre la mort. J’ai été folle ! »
Elle serra Shirahime plus étroitement contre elle, pleurant encore et encore sur sa dépouille, sous la pluie sans fin de neige.
« Oh, pardonnes moi, petite Shirahime ! Par ce geste, je t’ai condamnée à la solitude et aux combats… Et je n’ai fais que reculer l’instant de ta mort jusqu’à aujourd’hui ! Je voulais tellement te sauver que je t’ai tué ! Tout est de ma faute… Je.. J’ai échoué !
- C’est faux, Majesté !!!! »
Toute la salle sursauta à cette affirmation de Shaolan. La Reine de Cristal ouvrit des yeux ébahis tandis qu’il continuait son rappel à l’ordre :
« Vous êtes le double de la Princesse Sakura et partagez la même âme qu’elle. Et jamais la Sakura que je connais ne commettrait sciemment le mal ou tuerait volontairement une personne. La seule chose que vous avez souhaité, Majesté, c’est protéger tout le monde, comme toujours ; Protéger Shirahime, protéger les Célestes, vos sujets, le Royaume de Kurisutaru et votre petite fille. Vous ne pouviez pas imaginer les conséquences en voulant sauver une enfant par la magie de la plume. Vous n’avez pas échoué. Shirahime vous l’a dit, vous lui avez permis de vivre un peu plus longtemps et elle a été heureuse. Elle vous en a remercié. Elle aussi ne désirait que votre bonheur. Aussi, je vous en pries, cessez de culpabiliser. Vous n’êtes pas responsable de tous les malheurs qui ont frappé Kurisutaru. Une nouvelle ère commence pour ce pays, et il a besoin de vous. Libérez votre cœur de ce qui le torture et faites votre plus beau sourire à Shirahime. Car c’était là son seul et dernier souhait. »
Suite à ce sermon, un nouveau frisson, chaleureux cette fois, parcouru la salle. Comme un rayon de soleil qui lacère des ténèbres glacées…
La Reine de Cristal ferma les yeux et eu un soupir rassuré :
« Ainsi donc… Ce garçon étrange avait raison… Tu ne m’as jamais abandonnée, Shaolan… »
Ce dernier sursauta en comprenant enfin… Il posa un regard tendre sur la Princesse endormie entre ses bras.
« Jamais. Quoi qu’il m’en coûte.
- … Même ta vie ?, demanda la Reine de Cristal.
- Et bien au-delà, répondit-il sans hésitation.
- Au-delà ?... Oh, il doit être bien fâché de mes bêtises.
- Non. Il ne pourra jamais vous en vouloir. Pas à vous. Mais… Il doit être très inquiet.
- Il faut que je le rassure, alors… »
Elle leva les yeux vers le ciel, soupirant entre ses larmes :
« Tout ira bien pour moi. Ne t’inquiètes plus. Et prend bien soin… De notre petite Shirahime. »
A peine avait-elle prononcé ces mots que l’incroyable se produisit : pour la première fois en cinq ans, la neige cessa de tomber !!!!
Mieux encore elle s’effaça, disparut petit à petit dans un grand éclat de lumière sublime.
Soudain, le corps de Shirahime fut à nouveau soulevé de terre. Shaolan et la Reine de Cristal tentèrent en vain de la rattraper. Fye se précipita sans plus de succès. Le petit Kuro Kun cessa de pleurer pour observer comme les autres un spectacle fabuleux : là-haut, tout là-haut le corps de Shirahime s’enveloppa doucement de lumière, comme si l’on tissait tout autour d’elle la fine toile d’un cocon… Non, d’une chrysalide ! Les Célestes furent les premières à comprendre et poussèrent des cris de joie. Le corps disparu quelques secondes dans sa toile et là, dans une ultime féérie, le plus magique et inattendu des retournements de situation eu lieu.
La chrysalide s’ouvrit en deux et il apparut aux yeux de tous…
Un enfant nouveau-né, poussant son premier cri à la face de l’univers…
Et qui lentement, lentement, atterrit entre les bras de la Reine de Cristal.
« Une petite fille… », murmura-t-elle dans un souffle, pleurant cette fois des larmes de joie.
Comme toutes les Célestes, Shirahime venait de de réincarner.
Le cœur entier de la salle fut soulevé par un bonheur intense. Mais Fye demeurait assombrit par une douleur que seul Kurogane pouvait comprendre, la fée des glaces lui ayant confié leur secret avant de s’en aller…
« Dans mon pays, le Japon, dit-il, on considère la réincarnation comme un parchemin redevenu vierge et sur lequel on doit réécrire toute une vie… C’est pourquoi la personne réincarnée reçoit un nouveau nom…
Un nouveau nom pour débuter sous les meilleurs auspices… Une nouvelle vie. »
Fye lui adressa un sourire sincère et plein de reconnaissance. LE PETIT Kuro Kun, redevenu tout joyeux avec un Mokona tout aussi hilare accroché à ses cheveux, se précipita vers la Reine de Cristal et la petite fille nouveau-née :
« Dans ce cas moi je sais quel nom il faut donner à la réincarnation de Shirahime ! Moi je sais !!!! »
(roulements de tambour)
« Désormais son nom sera Hikaru ojôsama ! La Princesse de la lumière !!!! »
La proposition fit l’unanimité autour de lui.
« Ah bah finalement, j’y aurais participé indirectement, à ce jeu idiot… maugréa le grand Kurogane.
- T’es qu’un vieux ringard !!!! lui répliqua le petit.
- QUOI ?! »
Fye eu un sourire étrange.
« Oui… Elle aurait adoré se cacher derrière ce nom. »
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