CHAPITRE 8 : Délivres moi
Fye luttait, luttait contres ses cauchemars, contre le venin qui avait empoisonné son sang, pour retourner vers le monde réel. Pourquoi ne trouvait-il jamais le repos ?
Seul, recroquevillé, comme un petit enfant apeuré dans le noir, les mains jointes, le visage enfoui dans ses genoux, le cœur oppressé, aux battements à peines perceptibles, de plus en plus lents. Pas une lueur au fond du gouffre des ténèbres qui l’avaient englouti, pas un son, pas la moindre présence rassurante à laquelle se raccrocher…
Juste Ashura ô et lui. Comme avant….
« Vous n’étes pas réel… »
Oui, trouver la force de vaincre cette angoisse qui le rongeait corps et âme.
Inéluctablement…
Tomber le masque, se relever. Après chaque chute, encore et encore. Ce n’était pourtant pas bien difficile, de respirer ? Il fallait qu’il retrouve son souffle, qu’il s’extirpe de cette langueur moite qui l’étranglait. Rompre l’obscurité, hurler à pleins poumons. Chasser ses démons et ne pas sombrer définitivement dans la folie. Cette démence. Comme un fauve qui se déchaîne toutes griffes dehors, un feu qui vous consume lentement avec vos dernières bribes de lucidité.
« Est-ce vraiment ton souhait ? », demanda Ashura ô en posant une main sur sa tête.
« Je n’ai pas le droit de mourir , répondit Fye. Pas comme ça. Pas encore.
Il y a un vide en moi, et il m’attend, quelque part. Je dois le retrouver !!! »
« Il est pourtant présent avec toi, affirma Ashura ô. Dans ce corps où tu dors et tu survis…
- Est-ce qu’il peut m’entendre ?, demanda Fye. Il y a si longtemps que nous sommes séparés… Parfois je crois entendre son rire qui se moque de moi… Mais derrière ses rires… Il n’y a plus rien.
- Ses rires se sont glacés… Tout comme tes larmes.
- Alors plus rien n’existe, pas même moi. Je voudrais tant l’entendre rire encore… Pourquoi ?
- Parce que tu es victime de ce rien qu’on appelle le manque. »
« En vérité, tu t’es trahit toi même, affirma Ashura ô . Tu prétends craindre pour « leur » vie. Tu es une menace tant que tu restes avec eux. Tu ris et tu joues, alors que tu le sais… Que chaque seconde auprès d’eux est peut-être la dernière… Qu’un jour la mort frappera, et que c’est toi qui l’aura causée. Tu ne sauras pas les protéger de ce qui te hantes… Et tu es trop lâche pour trouver le courage de les quitter. Trop lâche pour leur dire toute la vérité…
- Laissez moi !!!! », hurla Fye, ne supportant pas toutes ces terribles accusations.
« Laissez moi… Je veux être seul. Porter seul ce fardeau. … Ne me regardez pas ainsi. »
« Je n’aurais pas dû me livrer ainsi, continua Fye. Je n’aurais jamais dû m’attacher à eux. Mon destin est la solitude. Depuis toujours et pour toujours. Pas le droit d’aimer. Pas le droit d’être aimé. Parce que…
Je ne veux être la cause d’aucun sacrifice…
Je sais combien ce mot est lourd de conséquences, pour ceux qui y ont succombé. »
« Entre la vie et la mort, il n’y a qu’un rêve capricieux…
Comme ce désespoir de ne pas parvenir à les quitter tous les quatre. »
« Je fuis… Parce que je ne veux pas que le rêve se brise. »
« … Mais toi tu sauras me retrouver, hein, Ashura ô ? »
« C’est inutile est insensé, affirma Ashura ô. Toutes tes larmes ne pourront jamais susciter ma pitié. Laisses ce vide froid t’envahir et te délivrer de tes tourments. Renonces à eux. »
… Shaolan….
… Sakura…
… Mokona…
… Kurogané…
Fye releva lentement le visage.
« Il y en a un qu’il ne faut pas contrarier, dit-il. S’i l me voyait comme ça il n’hésiterait à me houspiller pour que je m’arrache à ce cauchemar… Kuro Chan doit être furieux en ce moment. Vraiment FURIEUX . Je le pratique depuis assez longtemps, maintenant… Je suis sûr que là, il me gueule tout un chapelet de noms d’oiseaux pour me faire réagir. »
A cette idée , Fye eu un petit rire, sincère malgré lui.
« Si tu choisis de repartir, alors tes souffrances reprendront, affirma Ashura ô. Tes mensonges aussi. Jamais tu ne trouveras le repos et la paix dans ta fuite inutile… Et c’est leurs vies que tu remets aussi en jeu.
- Ce n’est pas un jeu. J’ai trouvé un sens à ce qui n’en avais pas. Alors je vais laisser revenir la vie, et laisser battre ce cœur plus vite… Parce que j’ai pris conscience qu’il était là. »
« Tu ne peux pas revenir !
- Je dois revenir. Je veux revenir. Parce que je ne veux pas ajouter ma peine à leur lot de souffrances… Parce que sinon…. Kuro Chan… »
« Hé !!!! Tu vas t’réveiller, ouais ?!!!! »
Les mots s’étaient répercutés jusqu dans le moindre recoin de la nuit régnant sur ce cauchemar.
« Hé !!!! Allez, ouvres les yeux !!!! »
Quelque part dans une semi conscience, Fye sentait confusément qu’une poigne de fer secouait énergiquement l’un de ses bras :
« Réveilles toi, idiot, réveilles toi ou je t’en colle une !!!! »
Pas de doute, cette voix furieuse qui lui vrillait les tympans, c’était bien Kuro Toutou qui aboyait ! Il fallait laisser Ashura ô derrière lui. Suivre le guide, suivre le son de la voix de Kuro Chan et revenir. Il n’était plus très loin…
« Je te donnes trois secondes pour ouvrir les yeux !!!! »
Mais c’est qu’il rigolait pas, le Kuro papa !
« Un… »
Allez debout, debout et court, court vers sa voix !
« Deux… »
Dans des volutes brumeuses, incertaines, une image se dessine vaguement… Un visage… Il le reconnaît… Son visage….
« Trois !!!! »
Le poing de Kurogane s’écrase sur l’oreiller , à deux centimètres du visage de Fye, qui vient d’esquiver le coup, les yeux bien ouverts et un large sourire happy face en guise de condoléances :
« Quelle arnaque, c’est toi le comité d’accueil ? J’ai pas droit au doux baiser d’une princesse comme dans le conte ?
- Pas de princesse à l’horizon, grogna Kurogané en croisant les bras. On est toujours paumés au milieu du désert, et à cause de toi, on a perdu une bonne journée pour retrouver les gosses. »
Puis, avec un soupir indifférent :
« Comment tu te sens ?
- Je crois que j’ai encore la tête dans le Gluck, mais, ah, ah, je pète la forme !.... Ooooh mais c’est génial, ça ! T’as vu ? J’ai même pas de cicatrice !... hé ! Mais c’est tout à fait charmant, ici ! A qui appartiennent tous ces jolis meubles ?
- C’est cette fille… grogna Kurogane d’une voix méfiante mais déstabilisée.
- Nooon, minauda Fye, il y a une divine créature qui a osé me voler mon Kuro Chan durant mon sommeil ?
- Pas du tout ! Arrêtes de dire des idioties !
- Moi qui pensais que tu serais d’une fidélité exemplaire envers la Princesse Tomoyo ! Tu vas lui briser le cœur, à cette pauvre petite !
- Mais noooon ! Jamais de la vie !, vociféra Kurogane en perdant toute sa mesure légendaire. Ça n’a rien à voir, c’est à cause de TOI !!!!
- Bien sûr, c’est ma faute si t’es un coureur de jupons ! Ah, ah, aaaah ! »
Fye était tellement hilare et euphorique, sans doute en contrecoup des délires provoqués par le poison, que Kurogane fut obligé de lui plaquer une main sur les lèvres pour obtenir un peu de silence. Lorsqu’il lui sembla un peu moins agité et passablement apaisé, il la retira pour lui demander /
« Fye, est-ce que tu es encore dans les vaps ? »
Le magicien ne répondit pas immédiatement. Pour une fois, ce n’est pas qu’il dissimulait un mystère. C’est qu’il déployait un effort surhumain pour ne pas hurler de rire à en rouler par terre, et ses yeux en pétillaient de larmes.
« En vérité, je ne sais pas si c’est l’air de ce monde, ou les émanations douteuses que produisait le Gluck, ou encore la substance hallucinogène qui m’a si bien divertit cette nuit, mais… Je crois que je suis complètement pété ! AH AH AH AH !!!! »
Kurogane eu le regard atterré de l’homme prêt à tout assumer, sauf une situation aussi démente.
« Ah ! cette fois j’ai vu la mort en face, continua Fye, et tu sais ce qui m’aurait le plus manqué, mon Kuro Chan ?
… » , fut la seule réponse du ninja renfrogné. Fye rapprocha son visage du sien avec une mimique irrésistible :
« TON SOURIRE EBLOUISSANT !!!! »
Puis le magicien s’écroula à nouveau sur son lit en riant aux éclats, riant et riant encore comme un fou furieux :
« TON SOURIRE !!!! TON SOURIRE KURO CHAN !!!! WA HA HA HAAAA !!!! »
Le ninja murmura presque stoïquement :
« Shaolan, trouves cette plume, que l’on quitte vite ce monde… »
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